Carte blanche à Pierre, parce que son histoire, c’est aussi un peu la nôtre.
Il y a des récits qui résonnent plus fort que d’autres. Des histoires qui, par leur simplicité et leur vérité, touchent une corde sensible et nous rappellent l’essentiel. Celle qu’un lecteur m’a envoyé, Pierre, est de cette trempe.
Quand il raconte comment, à 61 ans et après trois décennies de silence musical, il a replongé dans l’aventure d’un groupe de potes avec sa vieille contrebasse, j’ai su qu’il fallait que je partage ça avec vous.
Ce n’est pas l’histoire d’une virtuosité retrouvée ou d’un succès tardif. C’est bien plus précieux que cela. C’est un témoignage sur la force de l’amitié, sur la joie pure et simple de « raviver la flamme d’une passion », juste pour le plaisir, sur le travail acharné pour dompter à nouveau un instrument, et sur la manière dont une bande de « vieux potes » peut faire face à la vie, avec humour et une fraternité indéfectible.
Son histoire, c’est l’incarnation même de l’esprit « Encore Debout ». Alors, je me tais et je lui laisse la place. Voici les mots de Pierre.
The last waltz
(ou la dernière répétition)
L’histoire débute dans les années 70. Celle de musiciens d’une vingtaine d’années, confirmés ou amateurs, qui se croisaient dans des groupes divers et variés.
Depuis, chacun a fait sa vie, dans la musique ou ailleurs ( enseignants, informaticien, sculpteur, et j’en passe).
Et 40 ans plus tard, à l’occasion d’une fiesta, ils décident de repiquer au truc. Pas d’enjeu, pas de prises de tête, juste le plaisir de se retrouver avec des instruments, et boire des coups. Certains bottent en touche, et c’est ainsi que je rentre dans la bande, à 61 ans.
Malgré tout, et avec l’expertise de ceux qui n’avaient jamais abandonné, le résultat devient cohérent et satisfaisant. Suffisamment pour pouvoir se produire sur scène.
De l’humour et de la bonne humeur , second degré obligatoire et jeux de mots pourris, tel est notre credo. Et notre joie de jouer doit être communicative car le public adhère.
Personnellement, tout ceci ne s ‘est pas fait sans mal. 30 ans sans toucher à la contrebasse, il en a fallu des mois de travail, et de tendinites, sous la bienveillance et les conseils du genre : « si j’étais toi je ferais ça, ça et ça ». Aussitôt dit, et roulez jeunesse, je m’entraine encore et encore. 15 jours de labeur plus tard, à la répète : « c’est pas mal mais si plutôt tu faisais ça ». Bon ! On remet le couvert et on progresse.
J’ai rapidement compris que ce n’était pas pour mes qualités de musicien que je me retrouvais avec la bande mais pour autre chose. Ce n’est pas de l’humilité, c’est de la lucidité. Mais j’avais ma place.
Les répètes hebdomadaires sont rythmées par :
- Les retrouvailles où on boit un coup
- L’accordage des instruments
- Le choix d’un morceau et consensus
- On joue, on corrige et on se pose autour d’un verre, dans un écran de fumée autorisée ou pas
Et ainsi de suite jusqu’à plus soif.
Plus que de l’amitié, il y a un amour fraternel dans les rencontres. Et on ne peut pas m’empêcher de me sentir un humain rempli d’humanité.
Ce sont des soirées que j’attends et qui me remplissent d’énergie pour tenir jusqu’à la prochaine. Et, si ce n’était pas le cas pour tous, en ce qui me concerne, ce sont des moments de bonheur qui me tiendront jusqu’à la fin. Les 70 kms de route pour aller les retrouver, ne sont pas un obstacle.
Et ainsi va notre amitié, de répètes en concerts, jusqu’à ce qu’un crabe vicieux décide d’interférer dans l’ordre des choses. Une répétition d’adieu à notre ami fut faite et quand une voix s’éleva pour déclarer « La Bande, bande encore !! » une autre rétorqua en réponse « Joker !! » ce qui entraîna un éclat de rire général franc et massif. On ne pouvait pas continuer sans lui et la belle aventure se termina.
Aujourd’hui, il nous reste l’amitié, et nous buvons encore à sa santé.

Pierre.
Crédits : The last Waltz* Album du groupe de rock Canadien The Band – Photos : Benoit
Encore merci à toi Pierre, pour avoir partagé ton histoire. Un gars de la tribu « Encore Debout » assurément.
Si comme lui, tu as toujours la flamme et que tu souhaites partager ton récit, n’hésite pas à me contacter.




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